Alors que le président de la République parlait mardi de
"suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques", celui
de Radio France,
Jean-Paul Cluzel,
et la ministre de la Culture, Christine Albanel, négocient, eux, une
éventuelle arrivée de la publicité de marque sur les antennes
publiques.
Actuellement, seuls les annonceurs institutionnels ont le droit de
diffuser de la publicité sur Radio France. Et l'éventualité d'ouvrir
l'antenne aux marques suscite la colère des syndicats, qui diffusent
depuis mercredi
une pétitionintitulée "Assez de pub à Radio France!" Signée par la CGT, la CFDT, la
CFTC, SUD, le SNJ, et le SJA-FO, ainsi que par la Société des
journalistes (SDJ), la pétition a déjà recueilli 3000 signatures.
Principale motivation du projet: les contraintes budgétaires. Avec
la privatisation des services publics, les annonceurs institutionnels
sont de moins en moins nombreux (aujourd’hui 250 sur Radio France). En
ouvrant sa porte aux publicités de marque, le groupe pourrait renflouer
ses caisses: en moyenne 1,5 million d’euros par an de recettes
publicitaires.
Avec seulement 8% de financement par la publicité, c’est la
redevance qui assure le quotidien de Radio France. Une particularité
que défend Thierry Colin, l’un des trois secrétaires nationaux du SNJ
Radio France:
<blockquote>"Le groupe possède des antennes indépendantes, qui ne
sont pas soumises aux pouvoirs économiques des publicitaires. C’est une
spécificité que nous voulons maintenir."</blockquote>
Mais c'est surtout l'avenir de cette mesure que redoutent les auteurs de la pétition:
<blockquote>"Quoi qu'en disent les intéressés, et quelles que
soient les assurances qu'ils donnent, cette décision enclencherait,
comme jadis à la télévision, un mouvement irréversible qui conduirait,
à moyen terme, à la destruction de l'identité même des stations de
Radio-France. [...] Cela permettrait au gouvernement d'accélérer son
processus de désengagement de l'audiovisuel public".</blockquote>
"Préserver la part de publicité" dans les finances de Radio France De son côté, Jean-Paul Cluzel, PDG de Radio France, tempère le
problème. Dans une lettre adressée aux syndicats, il précise que cette
mesure vise simplement à "préserver la part de la publicité" dans le
financement de Radio France. En contrepartie du nouveau projet, la part
maximale quotidienne de publicité par chaîne passerait de 30 à 20
minutes. Mais les syndicats ne l’entendent pas de cette oreille. Ils
restent persuadés qu’avec cette mesure, l’augmentation du temps de
publicité sera inévitable. Pour Hubert Huertas, secrétaire national du
SNJ Radio France:
<blockquote>"Quand on est confronté à la tentation d’arrondir le
budget, il est mécanique d'y céder. Si on fait sauter le verrou, d’ici
cinq ans, la part de publicité va inévitablement s’élargir!"</blockquote>
Une menace pour les radios privéesLa crainte gagne également les radios privées, qui redoutent quant à
elles une nouvelle répartition de la manne publicitaire. Virginie
Teissier est directrice déléguée du syndicat des radios privées
(SIRRP):
<blockquote>"Nous contestons le principe sur la forme, puisque nous
n’avons pas été consultés. Et sur le fond, nous ne comprenons pas
pourquoi les radios publiques, financées par la redevance,
bénéficieraient également des recettes publicitaires."</blockquote>
En effet, avec environ 12 à 13 millions d’auditeurs par jour, Radio
France pourrait bien prendre une part importante des recettes
publicitaires. Ce qui froisse évidemment les antennes privées. Virginie
Teissier conclue:
<blockquote>"Si on est plus nombreux à se partager le même marché, il y en aura moins pour tout le monde."</blockquote>