La Chine organise les secours aux rescapés du séisme et s'inquiète pour ses barragesLa solidarité s'organisait, mercredi 14 mai, dans les rues de Chengdu, chef-lieu de la province du Sichuan frappé dimanche par un violent séisme. Des banques du sang ont été mises en place devant certains hôpitaux alors que des volontaires en tee-shirts bleus se réunissent sur les routes menant aux lieux de la tragédie pour tenter d'apporter leur aide aux sinistrés. Les autorités estimaient jeudi matin que la catastrophe avait déjà fait plus de 50 000 morts. Un nombre de victimes qui pourrait augmenter, car les chances de retrouver les nombreux disparus s'amenuisent d'heure en heure.
Le refus de la Chine d'accueillir sur son sol des secours venant de l'étranger - à l'exception, jeudi, d'une équipe japonaise - et son recours aux seules forces armées ou paramilitaires, au détriment d'une gestion civile de l'aide aux victimes, n'optimisent pas non plus l'efficacité des secours. Enfin, Pékin a fait part de son inquiétude sur la sécurité des installations hydrauliques du Sud-Ouest, réservoirs, centrales hydrauliques et barrages qui "rencontrent de sérieux problèmes après le séisme".
A Chengdu, devant une clinique du centre-ville, des tréteaux ont été installés. Ici, des infirmiers et membres de la Croix-Rouge sichuanaise accueillent les donneurs de sang. Le jeune Fong, un décorateur d'intérieur d'une vingtaine d'années, vient de se faire piquer le pouce pour que l'on puisse déterminer son rhésus et vérifier qu'il n'est pas porteur de virus. Si tout va bien, il reviendra demain donner son sang.
"Je viens de traverser un quartier où les gens n'ont plus confiance dans les bâtiments qu'ils occupent", dit-il, en ajoutant : "Les responsables de la gestion immobilière leur ont donné des assurances plutôt vagues en ce qui concerne la solidité de leurs habitations et ils n'ont pas l'air très convaincus..." De même, à l'égard des prévisions ratées du bureau de sismologie, il lâche : "Ils n'ont rien prévu. On ne peut pas dire qu'ils aient été à la hauteur."
CRAINTE DE NOUVELLES RÉPLIQUES
Selon un architecte de la planification urbaine, qui préfère garder l'anonymat, "les immeubles de Chengdu sont solides et je peux vous dire qu'ils peuvent résister sans problème à un séisme de force 8 (la magnitude du séisme était de 7,9)". Il admet cependant que la construction de tous les bâtiments "ne respecte pas forcément toutes les normes antisismiques. (...) Il est possible que cela soit le cas dans les régions affectées", lâche-t-il.
Ailleurs en ville, tout près de l'Université des minorités, un groupe d'étudiants s'affairent sur le trottoir. Ils chargent dans une petite voiture des ballots remplis de couvertures, de linge, de denrées de première nécessité. "Nous aurions aimé aller nous-mêmes porter tout cela dans les régions affectées, mais nous n'avons pas été sélectionnés car nous n'avons pas de connaissances médicales suffisantes", déplorent-ils.
Toute la journée de mercredi, les radios ont répété que les autorités étaient sensibles aux gestes de solidarité tout en enjoignant le public à ne pas multiplier les initiatives individuelles pour laisser les secours s'organiser. La police a ainsi bouclé, mercredi, les routes menant aux zones touchées par le séisme sous prétexte que la circulation allait gêner l'acheminement de l'aide aux populations.
Dans un parc du quartier tibétain de Chengdu, la porte du "pays des Neiges", des dizaines de personnes ont planté leurs tentes par crainte de nouvelles répliques. La plupart sont tibétains. Un groupe de femmes grignotent des graines de melon en buvant du Coca. Il y a là une étudiante, ses deux soeurs, une policière de la même ethnie vivant à Luhuo, ville où ont eu lieu des émeutes en mars, et son jeune frère, un moine.
L'étudiante avance, songeuse et souriante : "La Chine n'a pas de chance cette année : au printemps, une vague de froid a gâché les festivités du Nouvel An. En mars, les émeutes ont éclaté au Tibet. En mai, un tremblement de terre endeuille le pays. On pourrait se demander quelle est la signification de tout ça..." Le séisme n'a pas porté chance non plus aux Tibétains : Wenchuan, dans l'une des préfectures les plus touchées, celle d'Aba, est située sur l'épicentre du tremblement de terre.
Source : Lemonde.fr